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bharatanāṭyam: l’autre danse de temple (article)

l'enceinte du temple

Le Bharata-Nāṭyam – பரதநாட்யம் – est l’un des sept styles de danse classique reconnus en Inde [1].

     Le Tamil Nadu, berceau de ce style, est un état où se sont largement développés les arts plastiques et performatifs. D’anciens textes poétiques tamouls tels que le Śilappadikāram et le Manimekhalai témoignent d’ailleurs du développement et du raffinement de la musique, de l’art dramatique et de la danse, outre le fait qu’ils soulignent le rôle prépondérant de l’art et de la culture durant l’antiquité indienne [2].  Les arts performatifs, qui ont pour objet de satisfaire l’esprit et les sens, sont très souvent requis lors des rituels sacrés hindous.

     Il y a encore peu de siècles, les temples de l’Inde, tels d’infranchissables forteresses, les maintenaient en vie tout en les préservant d’influences extérieures.

     Ainsi, les racines de la danse classique se trouvent notamment dans la danse de temple qu’on appelait autrefois Sadir-Āttam ou, plus communément, Dasi-Āttam. Les dēvadāsi-s, qui ne sont autres que les « servantes de dieu », représentaient ces danseuses attachées aux temples et aux grandes cours royales. Unies à la divinité, elles la servaient quotidiennement en lui offrant notamment des chants et des danses.

     A cette époque se multiplient les communautés d’artistes en pays tamoul. Au sein de celles-ci, l’on trouve les maîtres masculins de danse  appelés naṭṭuvanar-s : ils enseignaient la danse aux jeunes filles, mais également l’art de la séduction pour devenir de parfaites courtisanes. Egalement musiciens, ils accompagnaient la danseuse lors de ses représentations.

     Le région de Tanjore a largement contribué à la forme contemporaine du Bharata-Nāṭyam qui en hérite son répertoire et d’une chronologie bien précise. Il est constitué au XIXe siècle grâce au Quartette de Tanjore qui regroupe quatre frères musiciens qui achèvent la composition de la structure type d’un récital de danse. De nos jours, ce répertoire (mārgam) comporte encore toutes les compositions représentées dans le même ordre qu’avant : Alarippu, Jathiswaram, Sabdham, Varnam, Padam et Thillana.

     Les artistes vivaient alors grâce au mécénat des temples et des courts royales. Ainsi, de nombreux temples ont perpétué ce système en employant de nombreux musiciens et de nombreuses danseuses. Des centaines d’artistes furent employés dans la ville de Tanjore, au cours du règne du roi marathi, King Saraboji (1798-1824).

 

La disparition de la danse

     En 1855, la disparition de l’ultime roi marathi de Tanjore, Śivajī II, s’accompagne de l’extinction de la prestigieuse dynastie et, avec elle, de la protection économique dont bénéficiaient les musiciens et les danseuses. Le système des devadasi-s s’effondre. Le Sadir, en tant que composante rituelle, est interdit et ne peut plus être représenté au sein des temples.

     Les décennies suivantes, alors que le territoire est passé sous la domination britannique depuis plusieurs siècles, des réformes déterminantes ponctuent ce déclin et la déchéance des danseuses : en 1864, le Parlement anglais vote le Contagious Deseases Act dans le but de restreindre la propagation des maladies vénériennes, ce qui contraint non seulement les danseuses sacrées et les courtisanes, qualifiées alors de nautch. Durant cette période, la danse de temple disparaît du paysage artistique. La raison est que les courtisanes sont, pour la plupart devenues des prostituées, ternissent le statut de la femme.

'Avec ou sans kumbhaharathy [offrande de lumière], 
la pratique de la danse par une femme 
dans l'enceinte du temple ou 
dans toute autre institution religieuse est, 
par la présente, déclarée comme illégale'.

Madras Devadasi-s (Prevention of Dedication) Act, 1947, XXXI. 3

 

     Il fallait donc que s’opérât une refonte des principes de la danse, lesquels conserveraient certains aspects antiques tout en les adaptant aux normes de la société moderne. Cette volonté prend part au mouvement d’indépendance de l’Inde qui s’entame dès la fin du XIXe siècle. Les réformistes se concentrent sur la redécouverte de l’héritage indien. C’est en ce sens que la danse, le Bharata Nāṭyam en l’occurence, est devenue une arme portant l’identité indienne au sein de ce combat.

 

Cf. Manjula Lusti-Narasimhan, Le Bharatanātyam, la danse du sud de l’Inde, Genève : Adam Biro, 2002, p. 36.

[1] Les sept styles classiques de l’Inde sont

[2] Le Śilappadikāram et le Manimekhalai remontent aux premiers siècles de l’ère chrétienne. Appartenant à l’académie littéraire désignée sous le nom de Sangham, ils regorgent tous les deux d’aspects de la croyance et de la vie culturelle : dans la cité, les danseuses et les courtisanes appartiennent encore au versant profane..

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the temple enclosure

 

     The Bharata-Nāṭyam (பரதநாட்யம் in Tamil script) is one of the seven classical dance forms that are reknowned in India [1]. Tamil Nadu, as the homeland of this dance, has historically been the seat and the centre of culture. The early South Indian poetry testifies how developed were the arts of music and dance, as well as  the major role both of them were playing in ancient society. From the most ancient times, the performing arts like music, theatre and dance have always been required to please to the senses.

     Performing arts were also very present in religious rituals of Hinduism. Indeed, South Indian temples have played an important role of preservation regarding the arts. Like fortresses, they have been keeping the traditions distant from any other influences.

     Thus, the roots of classical dance originate in temples, with the art of dancers called Sadir-Āttam or, most commonly, Dasi-Attam. The dēvadāsi-s, known as the « servants of god », were female dancers attached to temples. United to the deities, they were daily serving them by dancing, acting and singing.

     In these times, numerous communities of dancers were existing. In those communities, male musicians and dance teachers known as  naṭṭuvanar-s were teaching girls, who started the learning of grace and seduction from the youngest age, how to become courtesans.

     The current repertoire of Bharata-Nāṭyam comes from that place and was composed during this period. The four musician brothers called the « Tanjore’s quartet » made a wealthy contribution to music and dance by completing the process of re-editing the dance programme into its present shape. Nowaydays, the repertoire (margam) is still represented by those various following forms: Alarippu, Jathiswaram, Sabdham, Varnam, Thillana.

     Artists were living under the patronage of temples or royal courts. Thus, many Hindu temples have maintained this system by employing musicians and dancers. Hundreds of prestigious artists were in the city of Tanjore, during the Marathi King Saraboji’s time (1798-1824).

 

dance disappearance

     At the end of the 19th century, the devadasi system collapsed. Sadir, as a ritualistic component, was abolished and could not be represented in temples anymore. In that time, this dance tradition almost disappeared from the artistic landscape. The reason was courtesans have mostly become prostitutes and they were staining woman’s status.

     Dance needed to be totally changed to concentrate many aspects of ancient theatre as well as to be tuned with modern world.

     This desire of a new dance was also part of the Indian Independence movement, which started from the late 19th century. Reformists were focused on the recovery of India’s unique cultural legacy. In that sense, dance has become a subtle weapon to lead this battle.

 

'Dancing by a woman with or without kumbhaharathy 
in the precincts of any temple or other religious institution [...]
is hereby declared unlawful'.

Madras Devadasi-s (Prevention of Dedication) Act, 1947, XXXI. 3
  2006  /  dance, history  /  Last Updated février 13, 2016 by akṣalab  /